Note commune à tous les articles de la rubrique « Mots d’enfants »

Depuis que j’ai commencé à côtoyer des enfants, d’abord en baby-sitting, puis dans le cadre de séjours de vacances ou en tant qu’enseignante, je tiens un carnet dans lequel je compile ce que j’appelle des « mots d’enfants ». Ceux qui ont (eu) l’occasion de travailler auprès d’enfants, ou ont eux-mêmes des enfants, savent très bien ce dont je parle : ces petites phrases que seuls les enfants ont le don d’inventer, et de sortir au moment le plus inattendu ou, au contraire, le plus approprié. Le problème de ces petites perles est qu’elles sont aussi drôles que leur souvenir est éphémère, et c’est d’ailleurs pour cela que j’avais pris l’habitude de les noter, pour m’en souvenir (et en rire !) même longtemps après. Mon carnet est certes resté en France, mais il me reste ce blog pour poursuivre ma belle collection !

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Cours avec des 4. Klasse (Vierte Klasse, soit la quatrième classe, équivalent du CM1), le thème du jour : les fruits. À l’aide d’images (cf. photo), et de la chanson « Il était une fermière qui allait au marché, elle portait sur sa tête trois pommes dans un panier… », revisitée avec différents noms de fruits à la place des pommes, les élèves doivent deviner le nom du fruit que je leur montre. Ayant compris à quel moment de la chanson se « cachait » le nom du fruit, ils parviennent plutôt bien à retrouver les noms en Français. Les difficultés ne surgissent finalement qu’au moment de donner le nom… en Allemand ! Ils sont pourtant explicites mes dessins, non ? Heureusement, j’avais bien préparé cette séance ! Non, je ne parle du coloriage et de la plastification, qui demandent certes du temps, mais zéro effort intellectuel. Je suis d’ailleurs fière de vous annoncer que mon niveau de compréhension est désormais tel que je peux regarder des séries tout en faisant une autre activité – bon d’accord, pour l’instant ça se limite à Gossip Girl (excellent doublage allemand d’ailleurs), mais quand même ! Je parlais plutôt d’apprendre la traduction allemande des fruits que je présentais. Je savais qu’en me lançant dans les fruits, j’allais affronter mes démons en la matière : tous les fruits en –beere (les équivalents anglais des fruits en –berry). Et il y en a des tas : fraise, groseille, cassis, framboise, mûre… tous ces fruits finissent par –beere. Ma seule consolation – et seuls les germanistes comprendront mon petit bonheur dans ce grand malheur – est de me dire qu’au moins, ils ont tous le même article et le même pluriel*. J’ai beau me faire des listes de vocabulaire, essayer de trouver une logique dans ces noms, j’ai toujours autant de mal à les mémoriser. J’ai même essayé la mémoire gustative, mais rien n’y fait ! Alors du coup, j’ai commencé tranquillement : je n’ai mis que deux fruits en –beere dans la liste : die Erdbeere (la fraise) et die Blaubeere (la myrtille – blau = bleu, ce détail a son importance), pour être sûre de donner systématiquement la bonne traduction aux élèves.

C’était sans compter sur l’esprit taquin de mes élèves ! Vient le tour de la myrtille, dont les élèves arrivent à deviner rapidement le nom en Français, puis arrive le moment de la fatidique demande de confirmation-traduction en Allemand. J’annonce sans hésiter : « Blaubeere! » (c’était en plus la cinquième fois de la semaine que je faisais cette séance), ce à quoi des élèves me répondent d’un air grave : « Nein. Das ist eine Lilabeere! » (« Non. C’est un(e) XXX (blague intraduisible) »). Pendant dix secondes – soit le temps qu’ils contiennent leur fou rire, et que je comprenne que j’avais colorié ma myrtille en violet (lila = violet, vous comprenez donc maintenant le jeu de mots) – j’ai vraiment cru qu’il y avait un nouveau fruit en –beere dont j’ignorais l’existence. Quel cauchemar ! Heureusement pour moi, ça n’était qu’une blague ! Très drôle d’ailleurs – enfin en tout cas, moi, j’en ai bien rigolé 🙂

* Si jamais un non-germaniste cherchait également à comprendre : en Allemand, lorsqu’il est composé (que ce soit de plusieurs noms, ou d’un nom et d’un suffixe), le nom commun prend l’article et le pluriel du dernier mot ou suffixe dont il est composé. Pratique, non ?

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